Caroline P.

par (Libraire)
15 avril 2021

Iain levinson plante ses personnages dans une Amérique où chaque individu cherche sa place, essaie de sauver un petit espace où trouver la tranquillité au mieux, s'en sortir le moins mal possible en tout cas... Certains y arrivent, d'autres font des mauvais choix.
Les personnages se croisent, s'ignorent, se rejoignent. Chacun suivant son destin croit en sa chance alors même que la réussite de son entreprise dépend de l'action d'un autre dont il ignore tout. La catastrophe est imminente et on craint à chaque moment que le drame ne s'abatte sur ces hommes et ces femmes en plein effort pour exister.
La construction du roman est discrètement brillante dans les entrelacs qu'elle dessine. L'écriture directe va droit au but, et les multiples points de vue qui se succèdent amènent un suspens véritablement original. Une réussite incontestable.

par (Libraire)
15 mars 2021

Sous le règne de Domitien au premier siècle chacun doit tenir respectueusement et prudemment sa place, a fortiori s'il appartient aux grandes familles romaines. Chacun tremble, tant les lendemains sont incertains. Pour illustrer cette Rome impériale, Hédi Kaddour met en scène le procès de Tacite, avocat, sénateur, auteur fameux, en bref un homme éminent, sans doute trop. Il s'est attiré avec son ami Pline la méfiance de l'autorité suprême en défendant un homme contre un ami de l'empereur. Lucretia, son épouse veut plaider sa cause auprès du maître de Rome, elle qui a joué avec lui enfant, discuté littérature et poésie alors que Domitien ne régnait pas encore. Mais qui gouverne le cœur d'un tyran ?
Hédi Kaddour nous plonge dans une Rome antique vivante et vibrante, fourmillant de noms qui résonnent encore à nos oreilles et donnent chair à des œuvres mythiques. Au fil des pages nous traversons aussi les quartiers de la ville éternelle, cœur palpitant de l'Empire, bruyants, dangereux, cosmopolites où se font et se défont les réputations. Tout au long du roman se déploient complots, vengeances, désirs, alliances, grandeur et félonie. Rien n'échappe à cette peinture de haute précision et de belle culture. Le style classique impeccable sert à merveille le propos. Hedi Kaddour mêle le romanesque et le document historique de front, l'un et l'autre cavalant impitoyablement jusqu'à la dernière page.

par (Libraire)
15 février 2021

Vous n'aimez pas le foot ? Merci bien, non ! Le foot féminin ? Quelle idée saugrenue ! Eh bien, ne passez pas votre chemin, car vous aimez la littérature. Il faut se laisser embarquer par la prose poétique , épique, devrait-on dire, de Stefano Massini, auteur du splendide Les frères Lehman. Comme pour ce dernier, l'auteur dépasse, outrepasse les frontières de la biographie : onze jeunes ouvrières d'une usine d'armement de Sheffield en 1917 décident lors d'une pause déjeuner de courir après un ballon et rien, pour elles, ne sera comme avant. Peintures sociales et historiques se mêlent à un humour subtil qu'on prête autant à l'auteur qu'à ces femmes immensément attachantes par leur folie douce, leur énergie, leur solidarité mais aussi quelque chose comme leur innocence. Il est si rare d'explorer des sujets neufs qu'il faut se lancer à corps perdu dans cette lecture originale à tout point de vue.

par (Libraire)
10 février 2021

Michel n'est pas bien, il n'a jamais été bien. Mais depuis que la femme de sa vie – il la fréquente depuis trois mois, un record pour Michel - l'a quitté, il décide enfin de se prendre en mains. Commence alors la litanie de tous les remèdes contemporains pour retrouver l'amour ! La recherche de la vie heureuse s'avère plus absurde que fructueuse. Le génie de Michel est de tout prendre au pied de la lettre et de débusquer ce qu'il y a de pure charlatanerie dans tous ces discours soumis à l'exigence du bonheur.
Ce nouvel opus de J M Erre est hilarant, au fond cruel pour ce pauvre Michel, et féroce pour nos vies, envahies d'illusionnistes.

par (Libraire)
8 février 2021

Quatre âmes vivent dans un hameau reculé depuis des années, liées par l'amitié, l'habitude et les petits secrets créés par la proximité et la fréquentation quotidienne : la campagne, la normalité, l'ennui , voici le triptyque de départ. Ensuite, ce qu'en fait Mauvignier transcende les faits. Le dispositif qu'il choisit : une absolue subjectivité de point de vue puisque le lecteur découvre les événements à travers l’enchevêtrement des pensées de chacun des protagonistes. Les histoires dans la tête se croisent, se complètent pour former la grande histoire du roman.
Mauvigner écrit une magistrale pièce de théâtre où les dialogues sont composés de monologues intérieurs. La construction forme un thriller d'ambiance dans la grande tradition française des Clouzot ou Simenon. A lire Mauvignier on a l'impression étrange de s'inscrire dans une grande lignée de la littérature et en même temps d'assister à une création profondément originale.