Caroline P.

LES LUMIERES DE TEL AVIV

Schwartzbrod A.

Rivages

20,00
par (Libraire)
14 mai 2020

Temps futur, monde violent et incertain : voilà planté succinctement le décor de ce roman de fiction politique. Pour plus de détails : le monde s'est réellement radicalisé, les antagonismes sont à leur comble. En Israël, les ultra-orthodoxes se sont emparés du pouvoir et ont instauré un régime strictement religieux. Alors que le pouvoir en place s'apprête à franchir un pas supplémentaire et irréversible vers une surveillance inédite des individus, Haïm, bras droit du Rav qui dirige ce Grand Israël décide de trahir, emportant avec lui les plans secrets de cette ultime stratégie. Il fuit vers Tel-Aviv, qui a fait sécession et est devenu le refuge des derniers libéraux de la région. Nous suivons tour à tour des personnages d'horizons différents qui viennent éclairer de leur destin les alternatives possibles à l'action dans un monde complexe, hésitant à obéir, résistant, aimant... Alexandra Schwartzbrod réussit ce roman comme un condensé de ce qu'elle écrit depuis longtemps, les tensions de la société israélienne, sa culture, la politique internationale, le tout dans un roman d'anticipation fort réussi.

Un garçon sur le pas de la porte / roman
par (Libraire)
3 mai 2020

Micah Mortimer s’est construit une vie d’informaticien free-lance sans réelles attaches ni aspérités. Dans son quartier de Baltimore il est surtout connu pour être un chic type toujours prêt à aider ses voisins perdus dans les imbroglios filaires de leurs intérieurs connectés. C’est au retour d’une mission auprès d’une vieille cliente que l’attend un jeune homme d’une vingtaine d’années, Brink Bartell qui se prétend son fils biologique. Son précieux quotidien routinier se détraque alors petit à petit. Désormais chaque initiative l’entraîne dans une action qui l’engage un peu plus qu’il ne le souhaiterait.
En quelques dialogues parfaitement habiles la narration avance et se resserre. Anne Tyler croque les vies d’une myriade de personnages qui gravitent autour de Micah, : Baltimore et ses habitants prennent une couleur vivante au point d’entraîner le lecteur avec sympathie dans l’aventure.
Car l’auteure possède cette capacité de nous embarquer dans un récit animé par des personnages ordinaires. On est capté, pris dans les filets d’une vie qui réserve toujours quelques chausse-trappes. C’est une humanité touchante, blessée ou courageuse qui se fait jour au gré de détails qu’elle sait faire saillir au bon moment. Confronté à des situations inopportunes dont il se sort maladroitement, le héros découvre une face cachée de la réalité et un autre lui-même : on est là dans l’ADN du roman américain façonnant les péripéties des destins individuels.

Trois femmes, Madame du Deffand, Madame Roland, Madame Vigée Le Brun

Madame du Deffand, Madame Roland, Madame Vigée Le Brun

Berly Cécile

Passes Composes

17,00
par (Libraire)
1 mai 2020

Le XVIIIème siècle apparaît comme un havre merveilleux pour les femmes bien-nées, tenant salon, favorisant la circulation des idées, surtout nouvelles. Cécile Berly choisit trois femmes célèbres, trois épistolières et montre trois sensibilités bien différentes. D’abord parce qu’elles appartiennent chacune à des classes différentes de la société, et qu’elles n’y vivent pas exactement au même moment. Madame du Deffand appartient à la noblesse de Cour, a connu la Régence et possède une conscience aiguë de son rang, même si elle reçoit et apprécie Voltaire, elle se montre extrêmement réservée à l’égard des Encyclopédistes. Madame Roland, élevée au couvent, appartient à la bourgeoisie et, se mariant, épouse avec ferveur les idées révolutionnaires et abonde du côté de leurs excès, avant d’y succomber elle-même; en revanche ses idées sur l’émancipation des femmes relève d’une vision très patriarcale de la société. Enfin Madame Vigée-Lebrun est une artiste, la portraitiste la plus recherchée d’Europe, qui se réfugie en Autriche au moment de la Révolution, étant un symbole honni de la société de Cour alors même qu’elle est une des premières femmes à pouvoir exercer et vivre de son art en toute indépendance.
Les femmes éduqués du XVIIIème siècle ne furent donc pas uniquement des dames de conversation, toutes partageant des opinions similaires. En quelque sorte cet essai subtil bouscule des idées reçues ou simplistes sur le rôle des femmes de notoriété publique. On découvre que leur rôle, leurs visées dans la société furent parfois même opposées. En vérité, elles reflètent bien les tensions, les mentalités en mouvement de leur époque avec ceci en commun, néanmoins, qu’elles se savent toutes moins légitimes que les hommes pour prendre la parole. Le genre épistolaire intéressant en soi évidemment, accompagne le sexe féminin comme une façon plus intime de dévoiler ses pensées sans rivaliser avec l’édification d’une oeuvre proprement dite, celle du roman, de l’essai philosophique, politique ou du traité esthétique auxquelles elles auraient pu prétendre.

1984
9,10
par (Libraire)
13 avril 2020

Une dystopie post-libérale hallucinante

Le monde construit par Orwell est une mécanique de précision impressionnante : chaque aspect de ce monde inventé est cohérent et cela apparaît comme un tour de force inouï. Il crée de toutes pièces - même si, historiquement, il s’inspire des totalitarismes de son époque - une société où est né le pouvoir ultime et absolu : celui qui n’a plus la moindre visée connue que celle de se reproduire lui-même : un monde vertigineux, cauchemardesque où se débat Winston à la poursuite de souvenirs… hanté par un monde qui a existé mais dont il a perdu la trace.
Une fois n’est pas coutume l’amour, lui-même normé, théorisé et contrôlé, vient faire exploser l’unité si bien pensée par Big Brother : Winston désire Julia, leur amour leur donnera la force de s’aventurer au-delà des exigences de l’Etat tout puissant.
1984 demeure une lecture brûlante et incroyablement stimulante car en vérité il est une réflexion politique intemporelle sur le pouvoir, sur l’individu, la folie de l’anéantissement de toute sensibilité au profit d’une rationalisation absolue de l’existence. C’est aussi un roman qui tient en haleine, fait trembler le lecteur et vibrer à l’unisson de deux coeurs en résistance.
Reste une question épineuse : dans quelle traduction le lire. Personnellement je viens de le faire dans la version de 1950 qui était dans ma bibliothèque, confinement oblige. A vrai dire on sent parfois quelques pesanteurs dans cette version mais la nouvelle qui retraduit les concepts clef du roman ne fait pas que des adeptes… Enfin, en cette période, prenez ce qui vous tombe sous la main, vous goûterez, quelque soit la traduction, la force de ce puissant roman.

Le Pays des autres
par (Libraire)
13 avril 2020

A la fin de la Seconde Guerre Mondiale Mathilde, une jeune Alsacienne fête avec tout le reste de la population les libérateurs arrivés jusqu’à leur village et, parmi eux, Amine, un soldat Marocain de l’armée française. Son désir de lui est immédiat et balaie tous les préjugés de son temps : ils se marient et partent faire leur vie au Maroc. Là, tout s’avère différent, Mathilde qui a épousé un Arabe et vit au sein de sa belle-famille doit apprendre d’autres coutumes, doit trouver une place qui ne lui est pas donnée par les conventions de la société coloniale. Amine rêve d’un domaine agricole aussi vaste et prospère que ceux des colons, travaille jour et nuit à réaliser ses ambitions tandis que Mathilde, recluse dans la vie domestique, elle, rêve d’émancipation pour ses enfants. La vie passe faite d’amours et de combats quotidiens au gré des aléas de la grande Histoire.
Leïla Slimani avec son art de la narration et de psychologie invente une fresque riche en personnages frémissants de mille désirs ; elle dépeint un monde ambigu et complexe où les frontières entre le bien et l’injuste ne recouvrent pas exactement celle du colon et du colonisé. Cette fresque de la fin de la colonisation raconte à merveille le destin d’un couple, mixte et de leur enfants métisses. Avec Leïla Slimani on avance dans l’intimité de leurs luttes, de leurs défaites et de leurs espoirs… Les lecteurs attendront avec impatience la suite de ces inextricables passions.