Gersende G.

J'aimerais avoir le temps de dessiner les vaches
10 avril 2021

J'aimerais avoir le temps de dessiner les vaches

Mars 2020. Premier confinement.

Charlotte, architecte, part s'isoler dans la maison du Perche qu'elle restaure.

Entre to-do list et journal intime, elle consigne, au fil des jours qui prennent une couleur différente à chaque page, ses espoirs (les progrès de son fils), ses incertitudes (l'avenir?) et ses exaspérations (le télétravail!).

Coup de coeur pour ce roman graphique qui transcrit à merveille un flux de conscience où les pensées se chamboulent, passant des impératifs professionnels aux petits moments précieux du quotidien.

Friday black
6 avril 2021

Brutal, percutant, dystopique

• Un parc d’attraction où le travail d'un employé noir consiste à se faire tuer plusieurs fois par jour pour distraire des Blancs;
• Un ado accro aux pilules de « Bien » pour survivre à sa journée et ne pas sombrer comme certains de ses camarades, les « Têtes Baissées »;
• Un jeune noir qui cherche à diminuer son « degré de noirceur » en modifiant sa façon de parler, de s'habiller, de se comporter;
• Un centre commercial pris d’assaut par une horde de consommateurs où s'engage une lutte sanglante pour obtenir coûte que coûte le dernier article à la mode...

Pour son premier livre, Nana Kwame Adjei-Brenyah livre un recueil de douze nouvelles où le fantastique, l'horreur et les accents dystopiques de la société dépeinte rendent encore plus palpables, en les poussant à leur paroxysme, les travers d'une Amérique-cauchemar.

Racisme, violences, hyperconsumérisme, tueries de masse, inégalités sociales sont la norme, intégrés comme ordinaire dans la vie de chacun. Sans que cela ne pose trop de problèmes d'ailleurs...

On pense à Ta-Nehisi Coates pour "Une Colère Noire" sur la condition de l'homme noir aux Etats-Unis et à Carmen Maria Machado pour son recueil de nouvelles fantastiques et étranges "Son corps et autres célébrations".

Enfin la nuit
6 avril 2021

Enfin la nuit

Dans la lignée de "La Route" de McCarthy, un récit de fin du monde où la nuit cesse de tomber.

Couple mal assorti, Thomas ex-policier et Sophie, une adolescente de 16 ans, vont tenter de survivre dans ce jour perpétuel...

Une narration qui se joue des codes du genre, autant que de la vulnérabilité de ses personnages.

Le Hantement du monde - Zoonoses et pathocène
5 avril 2021

Indispensable

"La 'covidisation' du monde n'est pas un incident; elle est l'une des conséquences normales des violences endurées par toutes les formes de vie."

Dans cet essai aussi intelligent que glaçant, Gil Bartholeyns analyse les relations entre la traite des animaux, la dévastation des espaces naturels et la fabrique des épidémies.

Notre mode de vie dans ses plus petits gestes et notre alimentation carnée en particuler, ont des conséquences terribles sur l'environnement et sur les milliards d'êtres vivants sacrifiés "sans que l'on se demande s'il est acceptable d'élever les animaux à la tonne, de les transporter en pièces détachées aux quatre coins de monde", et ce avec pour seule logique celle du profit.

Dès lors, notre modernité tardive se caractériserait davantage par l'ère du Pathocène que celle de l'Anthropocène; à savoir un état du monde maladif où face aux bombes sanitaires à retardement et à la prolifération d'agents pathogènes, il faut apprendre à vivre dans un monde dégradé.

Et pourtant, postures politiques et impostures intellectuelles continuent de légitimer des rationalités néolibérales, capitalistes, extractivistes, spécistes, quitte à ce qu'elles nous mènent à l'anéantissement du vivant, nous compris.

A LIRE:
• sur le sujet des animaux "Faut-Il manger les animaux?" de Jonathan Safran Foer, un essai honnête et dérangeant sur le choix qui se pose à chacun.e de nous.

• "En attendant la fin du monde" de Baudouin de Bodinat, pour un examen lucide de notre prétendue modernité et de son progrès mensonger.

Oleg
18,00
27 février 2021

"Oleg" de Frederik Peeters

Oleg, dessinateur de BD, se raconte dans son quotidien qui, quelque part, est aussi le notre et saisit, avec son sens du détail et son humour espiègle, les contradictions de notre époque. Délicieux!

C'est avec plaisir que les lecteurs de "Pillules Bleues" retrouveront l'univers graphique de Frederik Peeters dont on ne se lasse pas.

Un coup de coeur "tranche de vie"!