Laurence G.

Libraire passionnée à Epinal depuis 2013.

Stéphane Émond

Table Ronde

16,00
par (Libraire)
18 août 2022

Partir sur les traces de l'exode et relier le passé et le présent...

Au milieu des piles de romans de la rentrée littéraire, on trouve toujours des récits, des textes de moindre ampleur par leur nombre limité de pages mais qui sauront nous toucher au cœur tout autant. "Argonne" est un de ceux-là.
Très court - 121 pages- il n'en est pas moins dense pour autant.
Son auteur, dont la famille est originaire d'un village de l'Aube et qui a lui-même quitté cette région depuis bien longtemps, va traverser la France pour remettre ses pas dans ceux de ses
grands-parents et de son père, obligés de fuir la contrée un certain mois de juin 1940. L'Argonne sera donc le terrain d'investigation de Stéphane Émond, entre passé et présent, les fils de la mémoire et de l'épopée familiale faisant les liens entre 2 époques, entre 3 générations.
Relevant minutieusement les étapes de l'exode vécu de façon dramatique par sa famille, l'auteur nous convie à partager son journal de bord et à reparcourir cette route jonchée de nuits en plein air, d'entraide, d'épuisement, de peur, d'attaques aériennes funestes et c'est dans une très belle langue qu'il le fait, sobre mais parsemée de comparaisons poétiques et originales qui donnent toute sa saveur à ce très beau texte.

par (Libraire)
17 août 2022

Un très beau roman d'appentissage

Arnaud Dudek était venu à la librairie nous présenter "Tant bien que mal" en 2018, l'un de ses précédents romans, gros coup de cœur déjà ; c'est donc avec un plaisir non dissimulé que je vous parle de son nouveau roman publié par les éditions Les Avrils, jeune maison d'édition de littérature française contemporaine à laquelle j'ai fait allusion cet été avec un livre de Martine Delvaux.
Son personnage principal est un garçonnet se prénommant Victor ; il vit avec son père qui travaille en usine et qui sombre peu à peu dans un alcoolisme de désespéré.
La mère a fui le foyer très tôt, incapable d'assumer la maternité et un mariage insatisfaisant, courant derrière des rêves inatteignables de femme-enfant.
Victor n'a guère de passion jusqu'au jour où le sport, l'athlétisme plus précisément, découvert par hasard, va se révéler être un puissant dérivatif à l'ennui, à la tristesse, au sentiment d'abandon mais va surtout lui permettre de dévoiler des capacités physiques insoupçonnées jusque-là. Il n'aura désormais plus qu'une idée en tête, progresser, sauter plus loin, se dépasser.
Si le sport de haut niveau et ses dérives est au centre du roman, racontés de façon fine et intelligente, Arnaud Dudek nous parle aussi de la relation père-fils, magnifique, dans cette période si délicate de l'adolescence, de la famille, des adultes qui peuvent tirer de l'eau des jeunes paumés mais leur faire boire la tasse aussi, quitte à les noyer.
L'écriture de l'auteur, comme dans ses romans précédents, est toujours aussi délicate et précise, arrivant à nous faire saisir détresse et renaissance, espoirs, attentes, détermination, désirs et pulsions.

Benjamin Myers

Seuil

21,00
par (Libraire)
16 août 2022

Un beau roman d'apprentissage sur l'émancipation et un hymne à la nature

Paru en mars de cette année, ce roman traduit de l'anglais avec beaucoup d'élégance par Madeleine Nasalik a été une très jolie surprise ; sa couverture m'avait intriguée et fait de l'œil pendant de nombreuses semaines, les vacances m'ont permis enfin de m'y plonger.
Robert Appleyard, le narrateur, est un vieil homme quand il décide de nous conter l'été de ses seize ans et du grand bouleversement qui s'ensuivra.
Située peu d'années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, son histoire démarre dans une petite ville de mineurs du nord de l'Angleterre. Robert n'a alors qu'une chose en tête, échapper à son destin et ne jamais descendre dans la mine qui a déjà avalé son grand-père et son père. Il part sur les chemins alors que l'école ferme pour l'été, bien décidé à parcourir le vaste monde. Il dévore les kilomètres et les paysages découvrant la sensation grisante de la liberté.
Sa route va le mener jusqu'à une maisonnette du Yorshire, toute proche de la mer, propriété d'une femme fortunée, excentrique et résolument hors normes. Elle va ouvrir sa porte au jeune homme et lui permettre de faire le chemin intérieur pour s'émanciper et s'affranchir du carcan de sa classe sociale. L'émancipation intellectuelle et sociale que va accomplir Robert va se doubler d'un hymne aux sens que le jeune homme va accueillir avec un corps en pleine éclosion.
Les descriptions de la nature ainsi que les sensations et les sentiments que Robert découvre à son contact m'ont vraiment touchée et constituent de très belles pages, envoûtantes et poétiques.

David Heska Wanbli Weiden

Éditions Gallmeister

10,80
par (Libraire)
31 juillet 2022

UN 1er ROMAN NOIR TRES REUSSI SUR LE SORT DES AMERINDIENS AUJOURD'HUI

Ce premier roman de Heska Wanbli Weiden nous ouvre tout grand les portes de la réserve indienne du Dakota du Sud, Rosebud, où vivent les Indiens Lakotas, véritable nom des Sioux. Entre pauvreté, chômage et alcoolisme, les hommes de la réserve ne sont pas au meilleur de leur forme. Parmi eux, Virgil Wounded Horse essaye de s’en sortir en proposant ses services comme « homme de main » : il s’occupe de venger des familles volées ou des femmes battues. Son maigre salaire arrive à les faire vivre lui et son neveu de 14 ans, Nathan, dont il est le tuteur depuis la mort tragique de la mère du garçon.
Aux côtés de Virgil on découvre d’autres personnages bien campés qui tentent de faire changer les mentalités et les habitudes, ainsi Marie, ex petite amie de Virgil, est-elle d’une honnêteté sans faille. Elle essaye également de maintenir les traditions de leur peuple vivaces et se bat pour que les familles les plus démunies aient accès à une nourriture correcte.
Quand un cartel mexicain essaye d’introduire de l’héroïne presque pure auprès des jeunes lycéens de la réserve, Nathan en étant l’une des victimes, Virgil se lance sur la piste de celui qui a introduit le cartel dans la réserve et lui promet un sale quart d’heure. Mais ceux qui tirent les ficelles ne sont pas toujours ceux que l’on croit...
Heska Wanbli Weiden réalise une plongée dans le quotidien des Indiens de la réserve, qui entre modernité et traditions, cherchent à survivre et à conserver leur dignité avec le peu qu’ils leur restent. Les rituels sont dépeints le plus justement possible afin de nous faire découvrir cet aspect de leur vie. Si l’intrigue semble assez banale, les personnages sont vraisemblables et les descriptions de leurs conditions de vie réalistes. Le suspens est fort bien mené pour ce roman qui frise le noir et la tension finale est totalement réussie. Si j’émets un petit bémol pour la traduction, « Justice indienne » reste un excellent roman et un beau coup de coeur.

Dépaysage

18,00
par (Libraire)
31 juillet 2022

UN TRES BEAU ROMAN QUEBECOIS !

Québec, territoire des Innus : Almanda, née en 1882, a 15 ans quand elle choisit de quitter la ferme familiale et le monde paysan sédentaire pour découvrir la vie nomade en épousant Thomas de la tribu des Innus.
Récit à la 1ère personne, ce livre relate donc sa vie auprès des Amérindiens de Pekuakami, le lac St Jean, vie faite de chasse, de pêche et de campements en forêt. Les Innus vendent les peaux et pratiquent alors le nomadisme.
Cette liberté totale qui inclut cependant le respect de la nature va peu à peu être érodée par ce que vont leur imposer les Blancs : la sédentarisation et l'abandon de leur mode de vie dus à une déforestation massive, à l'arrivée du chemin de fer et à la construction d'un barrage avec de surcroît la volonté d'acculturer ces Premières Nations.
A travers la voix d'Almanda, l'arrière grand-mère de l'auteur, c'est l'histoire de tout un peuple qui nous est racontée et aussi celle d'une femme acceptée au sein d'une communauté qui va l'adopter : un témoignage sur les ravages de la modernisation et sur ce qu'ont subi les peuples autochtones canadiens.
Un roman à l'écriture sans apprêt mais passionnant et bouleversant.