Triptyque alpestre, 2, Hôtel Clair de crime
EAN13
9782916928166
ISBN
978-2-916928-16-6
Éditeur
Absalon
Date de publication
Collection
K. 620
Séries
Triptyque alpestre (2)
Dimensions
13 x 1 cm
Poids
250 g
Langue
français
Langue d'origine
allemand
Fiches UNIMARC
S'identifier
Indisponible

Autre livre dans la même série

Second volume du triptyque alpestre de Werner Kofler, prenant place entre Derrière mon bureau et Le Pâtre sur le rocher, Hôtel Clair de crime est un ouvrage d’une facture complexe, tissé de références dans lesquelles le lecteur, souvent sur le point de « se perdre », sera rattrapé in extremis par un narrateur facétieux. Ses trois parties, apparemment indépendantes, sont tissés de références, internes ou externes, et d’échos communs.
La première, « Conjectures sur la Reine de la Nuit », raconte, entre document et fiction, le sort réservé à six cantatrices du rôle de soprano colorature dans des mises en scène de La Flûte enchantée données dans six villes du Reich entre 1938 et 1945.
La seconde, « Hôtel Clair de Crime », s’inspire d’un fait divers qui s’est produit à Klagenfurt, où un écrivain, sous l’emprise de psychotropes et de mousseux, a assassiné le portier de nuit de l’hôtel du « Clair de Lune ». Le narrateur, le meurtrier, n’apprend ce qu’il est censé avoir commis que par les communiqués contradictoires des médias. Sous l’influence de ces “fictions” journalistiques, présentées comme comptes-rendus fidèles de la réalité, le Je se démultiplie pour tenter de reconstituer le crime. La confusion entre réalité et fiction devient telle que l’assassin met en relation ce fait divers tant avec ses lectures d’enfance (notamment Karl May) qu’avec les meurtres de masse sous le nazisme.
Dans la troisième partie, intitulée « Auto-observation cachée », Kofler prend au pied de la lettre le postulat de Rimbaud, « Je est un autre ». Il campe un écrivain hébergé dans la Literaturhaus de la Fasanenstrasse de Berlin et observé par le narrateur, sorte de détective, depuis une chambre d’hôtel située de l’autre côté de la rue. Cette situation explicitement adossée à Fenêtre sur cour d’Hitchcock est subvertie par Kofler qui fait de l’observateur et de l’observé une seule même personne. Le narrateur-détective se voit d’abord dans la Literaturhaus en compagnie d’autres écrivains (du passé, comme Grabbe ou Lenz) puis, dans un jeu de miroir, nous livre avec une virtuosité désopilante les tentatives de récit que son moi-écrivain tente de rédiger, qu’il s’agisse d’une histoire d’hôtel dans les Dolomites servant de trame à un roman épistolaire, de l’incendie d’une ferme, réutilisée plus tard pour le décor d’un film tourné par le fils de Klimt, ou encore d’une sorte de paraphrase ironique du Dernier des mondes de Christoph Ransmayr.
Si le slogan de Derrière mon bureau était « L’art doit détruire la réalité », il semble ici que le processus de déconstruction à l’oeuvre dans l’écriture, nous place plutôt face à des ruines : « Ruine de réalité, ruine de cinéma », scande le narrateur d’« Auto-observation cachée » à propos de l’incendie de la ferme du Plattnerhof (incendie déjà évoqué au début de Derrière mon bureau). Même si dans ce champ de ruines, Kofler se heurte encore à la réalité : « Si le petit mot Si n’existait pas, me vis-je inscrire sur le bloc-notes en éclatant soudain de rire, si le petit mot Si n’existait pas, la machine à écrire serait une mitraillette, le pistolet une machine à écrire de voyage, la littérature serait vraiment un explosif. »
S'identifier pour envoyer des commentaires.